Une fissure du tendon du coude (aussi appelée tendinopathie fissuraire ou épicondylite avec lésion tendineuse) provoque des douleurs persistantes qui rendent souvent le travail impossible. La durée de l’arrêt dépend de plusieurs facteurs : la gravité des lésions, le type de poste occupé, la nécessité ou non d’une opération. Voici ce que dit la réglementation et ce à quoi vous pouvez vous attendre concrètement.
Quelle durée d’arrêt selon votre situation ?
La Haute Autorité de Santé et l’Assurance Maladie fournissent des repères chiffrés qui varient fortement selon la nature de votre activité professionnelle. Il n’existe pas de durée universelle : c’est votre médecin traitant qui fixe l’arrêt en tenant compte de votre cas.
Travail sédentaire ou peu sollicitant
Pour un poste majoritairement assis (secrétariat, comptabilité, travail sur ordinateur), un arrêt d’environ quatre semaines est généralement prescrit après une intervention chirurgicale pour épicondylite rebelle, selon les références de la Caisse nationale d’Assurance Maladie.
Sans chirurgie, la mise au repos des tendons atteints peut suffire quelques semaines si le geste déclencheur est supprimé. Une adaptation temporaire du poste (clavier positionné différemment, allègement des tâches de frappe) peut aussi permettre une reprise plus rapide.
Métier physique avec port de charges
La situation est très différente pour les professions qui sollicitent fortement le membre supérieur : mécaniciens, aides-soignants, artisans, agents de conditionnement, manutentionnaires. Dans ces cas, l’arrêt peut atteindre 10 à 11 semaines, voire davantage si les douleurs persistent jusqu’à sédation complète.
L’épicondylite représente à elle seule 22 % de tous les troubles musculosquelettiques professionnels et génère 11 % des arrêts de travail liés aux maladies professionnelles. Pour les métiers manuels, toute activité exigeant une extension répétée du bras pendant plus de 4 heures par jour constitue un facteur aggravant qui allonge significativement la convalescence.
- Sédentaire (avec chirurgie) : environ 4 semaines
- Travail modérément sollicitant : 6 à 8 semaines
- Fort port de charges ou gestes répétés : 10 à 11 semaines minimum
- Récidive ou fissure bilatérale : durée prolongée, réévaluation au fil du traitement
Chirurgie : un arrêt souvent plus long

Lorsque le traitement médical (repos, kinésithérapie, infiltrations de corticoïdes) échoue après plusieurs mois, une opération devient nécessaire. C’est le cas pour moins de 10 % des patients, mais il s’agit des formes les plus sévères.
L’intervention consiste à retirer les parties abîmées du tendon et, selon les cas, à décomprimer le nerf radial ou à allonger le muscle épicondylien pour réduire la tension. Après l’opération, plusieurs critères allongent ou raccourcissent l’arrêt :
- le côté atteint (dominant ou non)
- la nature du geste chirurgical et les éventuelles complications
- la nécessité de conduire un véhicule
- les possibilités d’adaptation du poste à la reprise
La reprise des activités sportives est progressive : à partir du troisième mois pour les sports de raquette, et pas avant le sixième mois pour la compétition. Une visite médicale auprès du médecin du travail est obligatoire pour tout arrêt supérieur à 30 jours, dans les huit jours suivant le retour en entreprise.
Fissure du tendon du coude et maladie professionnelle
Si votre tendinopathie fissuraire est liée à votre activité professionnelle, vous avez le droit de la faire reconnaître comme maladie professionnelle. L’épicondylite est inscrite au tableau n° 57 du régime général, qui couvre les affections périarticulaires dues à certains gestes et postures de travail.
Pour bénéficier de la présomption d’origine professionnelle, trois conditions doivent être réunies simultanément :
- La pathologie correspond bien à la description du tableau (tendinopathie d’insertion des muscles épicondyliens)
- La maladie se déclare dans un délai de 14 jours après la fin de l’exposition au risque
- Le poste de travail implique habituellement des mouvements répétés de préhension, d’extension de la main sur l’avant-bras ou de pronosupination
La déclaration doit être adressée à la CPAM dans les 15 jours suivant la constatation médicale. Votre médecin traitant remplit le formulaire de déclaration. La caisse dispose ensuite de 3 mois pour statuer (6 mois si le dossier passe devant le Comité Régional de Reconnaissance des Maladies Professionnelles).
En cas de reconnaissance, vous bénéficiez d’une prise en charge à 100 % des frais médicaux et d’indemnités journalières majorées pendant toute la durée de l’arrêt.
Indemnisation et taux d’incapacité après consolidation
Une fois l’état de santé stabilisé (ce qu’on appelle la consolidation), le médecin-conseil de la CPAM évalue les séquelles éventuelles. Pour une fissure du tendon du coude reconnue en maladie professionnelle, le taux d’incapacité permanente partielle (IPP) se situe généralement entre 5 % et 15 %, selon la gravité des lésions et l’impact sur votre capacité à travailler.
Ce taux détermine la forme d’indemnisation :
- Taux inférieur à 10 % : versement d’un capital unique
- Taux de 10 % ou plus : rente viagère versée trimestriellement
Si votre employeur avait conscience du risque lié à votre poste et n’a pas pris les mesures de prévention nécessaires (absence d’aménagement ergonomique, cadences imposées, équipements inadaptés), vous pouvez également engager une action en faute inexcusable. Cela permet d’obtenir une majoration de la rente et l’indemnisation de l’ensemble de vos préjudices.
En cas de refus de reconnaissance par la CPAM, vous disposez d’un recours devant la commission médicale de recours amiable (CMRA) dans un délai de deux mois à compter de la notification du refus. Se faire accompagner par un avocat spécialisé en droit de la sécurité sociale améliore sensiblement les chances d’aboutir.







